12.05.2026

Hantavirus : ce que le décret du 10 mai 2026 impose aux employeurs et aux salariés

Le 11 mai 2026, le Journal officiel publie un décret d’urgence pris sur le rapport de la ministre de la santé. Le texte impose une quarantaine et, le cas échéant, un isolement de 42 jours aux personnes ayant séjourné à bord du navire de croisière MV Hondius et aux personnes contacts présentant un risque sérieux d’infection à hantavirus Andes. Une passagère a été testée positive et 22 cas contacts ont été identifiés. Ce décret braque le projecteur sur un virus largement méconnu du grand public. Pour les employeurs et les salariés, deux questions se posent immédiatement. Première question : que faire si un collaborateur est placé en quarantaine ou en isolement par décision administrative ? Seconde question : l’hantavirus est-il un risque professionnel qu’il faut anticiper, au-delà du contexte du MV Hondius ?

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Par Maître Arnaud Sirven, Avocat
Mis à jour le 12 mai 2026

À retenir Le décret n° 2026-364 du 10 mai 2026 place en quarantaine ou en isolement, pour une durée maximale de 42 jours, les personnes ayant séjourné à bord du navire MV Hondius entre le 1er avril et le 10 mai 2026 et les personnes contacts présentant un risque sérieux d’infection à hantavirus Andes. Les passagers de deux vols internationaux reliant Sainte-Hélène, Johannesburg et Amsterdam doivent se signaler sans délai aux autorités sanitaires et observer une quarantaine à domicile. Le non-respect des mesures est passible des sanctions de l’article L. 3136-1 du Code de la santé publique. Au-delà du contexte du MV Hondius, l’hantavirus reste un risque professionnel pour les salariés exposés (secteur forestier, agricole, manipulation de bois, nettoyage de locaux longtemps inoccupés). Employeurs et salariés concernés doivent anticiper l’impact sur l’exécution du contrat de travail et sur l’obligation de prévention.

Le 11 mai 2026, le Journal officiel publie un décret d’urgence pris sur le rapport de la ministre de la santé. Le texte impose une quarantaine et, le cas échéant, un isolement de 42 jours aux personnes ayant séjourné à bord du navire de croisière MV Hondius et aux personnes contacts présentant un risque sérieux d’infection à hantavirus Andes. Une passagère a été testée positive et 22 cas contacts ont été identifiés.

Ce décret braque le projecteur sur un virus largement méconnu du grand public. Pour les employeurs et les salariés, deux questions se posent immédiatement. Première question : que faire si un collaborateur est placé en quarantaine ou en isolement par décision administrative ? Seconde question : l’hantavirus est-il un risque professionnel qu’il faut anticiper, au-delà du contexte du MV Hondius ?

Cet article répond aux deux questions. Il s’appuie sur le décret n° 2026-364 du 10 mai 2026, sur la communication officielle du Gouvernement (info.gouv.fr, 11 mai 2026) et sur les recommandations de Santé publique France.

1. Le décret du 10 mai 2026 : un dispositif de quarantaine et d’isolement de 42 jours

Le décret n° 2026-364 (NOR : SFHP2612561D, JORF n° 0110 du 11 mai 2026) est un texte autonome, entré en vigueur immédiatement. Il prévoit trois régimes distincts selon la catégorie de personnes visée.

1.1. Les passagers du navire MV Hondius : quarantaine en établissement de santé

Toute personne ayant séjourné à bord du MV Hondius entre le 1er avril 2026 et le 10 mai 2026 et arrivée sur le territoire national est placée en quarantaine dans un établissement de santé, pour la durée nécessaire à une évaluation médicale et épidémiologique complète. À l’issue de cette évaluation, l’intéressé est soit maintenu en quarantaine, soit placé à l’isolement, pour une durée totale ne pouvant excéder 42 jours.

Le régime juridique applicable est celui des cinquième à septième alinéas du I et du II de l’article L. 3131-12 du Code de la santé publique, des premier et troisième alinéas du I, du II et du III de l’article L. 3131-13 du même code, et des I, III et V de l’article R. 3131-19 et des articles R. 3131-20 à R. 3131-22.

En clair : un salarié ayant participé à la croisière du MV Hondius pendant la période visée est, à son retour en France, placé immédiatement en quarantaine à l’hôpital. Il n’a pas le choix. La mesure peut durer jusqu’à 42 jours.

1.2. Les personnes contacts : quarantaine ou isolement possible selon le risque

L’article 2 du décret ouvre la possibilité d’imposer une mesure de quarantaine ou d’isolement aux personnes ayant été en contact avec un passager du MV Hondius, avec une personne infectée par l’hantavirus de souche Andes ou avec une personne présentant un risque sérieux d’infection.

La mesure n’est pas systématique. Elle suppose un risque sérieux d’infection, apprécié au regard des conditions du contact et des équipements de protection individuelle effectivement portés. La durée maximale est également de 42 jours (article 4).

Le contrôle des mesures prononcées sur ce fondement est, le cas échéant, assuré par le préfet du département dans lequel elles sont exécutées.

Exemple : Caroline est responsable de boutique. Sa cousine est passagère du MV Hondius. Lors d’un dîner de famille deux jours après le retour de sa cousine, Caroline a été en contact prolongé avec elle, sans masque. Les autorités sanitaires peuvent décider de placer Caroline en quarantaine ou en isolement si elles considèrent que ce contact présente un risque sérieux d’infection. La décision est individualisée.

1.3. Les passagers de deux vols internationaux : signalement obligatoire et quarantaine à domicile

L’article 3 du décret vise toute personne, de nationalité française ou entrée sur le territoire national, ayant été passagère de l’un des deux vols suivants :

  • vol n° 4Z132 du 25 avril 2026, reliant le territoire britannique de Sainte-Hélène à Johannesburg (Afrique du Sud) ;
  • vol n° KL592 du 25 avril 2026, reliant Johannesburg à Amsterdam (Pays-Bas).

Ces personnes doivent se signaler sans délai aux autorités sanitaires et observer une quarantaine à domicile dans l’attente de l’évaluation de leur risque d’infection, conduite dans les trois jours suivant le signalement.

1.4. Les sanctions encourues en cas de non-respect

L’article 5 du décret renvoie aux sanctions de l’article L. 3136-1 du Code de la santé publique pour le non-respect des mesures prévues aux articles 1er et 3. Un salarié qui se soustrairait à la quarantaine ou refuserait de se signaler s’expose donc à des poursuites au titre de ce texte.

2. L’hantavirus, une zoonose qui dépasse le seul cas du MV Hondius

L’hantavirus Andes est une souche particulière, retenue par les autorités sanitaires françaises parce qu’elle est, à ce jour, le seul hantavirus connu à se transmettre d’humain à humain. Ce caractère exceptionnel justifie le décret d’urgence. Mais l’hantavirus, en tant que famille virale, est un risque sanitaire ancien et bien documenté en France.

2.1. Qu’est-ce qu’un hantavirus ?

Les hantavirus sont des virus de la famille des Bunyaviridae, présents sur tous les continents (Santé publique France, dossier hantavirus mis à jour le 2 décembre 2025). Leur hôte naturel est constitué de certaines espèces de rongeurs qui, une fois infectées, deviennent porteurs sains. Le virus est présent dans leurs urines, leurs selles et leur salive.

La contamination humaine se fait généralement par inhalation de poussières et d’aérosols contaminés par les excrétas des animaux infectés. Aucune transmission interhumaine n’a été décrite à ce jour, à l’exception de l’hantavirus sud-américain Andes, précisément en cause dans l’épisode du MV Hondius.

2.2. Quelles sont les formes cliniques ?

Les hantavirus peuvent provoquer deux formes cliniques distinctes selon le virus en cause :

  • en Europe et en Asie, des fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR), dont l’incubation varie d’une semaine à deux mois, avec une létalité de 0 à 10 % ;
  • sur le continent américain, un syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (SCPH), dont l’incubation varie entre une et six semaines, avec une létalité pouvant atteindre 60 %.

Il n’existe pas de traitement spécifique ni de vaccin. Le diagnostic repose sur la sérologie et la détection moléculaire de l’ARN viral, effectuée par le Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur et son laboratoire associé en Guyane.

En clair : un virus sans traitement, sans vaccin, transmis par les rongeurs (et exceptionnellement, pour la souche Andes, d’humain à humain). Le diagnostic se fait par analyse sanguine.

2.3. Quels secteurs professionnels sont historiquement concernés en France ?

Santé publique France identifie quatre profils de personnes exposées à l’hantavirus en France métropolitaine et en Guyane :

  • les personnes vivant à proximité d’une forêt ou d’autres habitats propices aux rongeurs (champs, fermes) ;
  • les personnes travaillant dans les forêts ou dans des milieux ruraux agricoles, principalement en Guyane ;
  • les personnes pratiquant des activités en forêt ;
  • les personnes ayant des contacts directs ou indirects avec des rongeurs.

Le risque concerne donc directement plusieurs catégories de salariés. Les exploitants et ouvriers forestiers, les agriculteurs et leurs salariés, les techniciens et agents d’entretien intervenant dans des locaux ruraux longtemps inoccupés, les salariés du bâtiment chargés de la rénovation de vieux locaux poussiéreux, ou encore les agents intervenant dans des bâtiments agricoles désaffectés.

2.4. Quelles activités professionnelles favorisent la contamination ?

Santé publique France liste précisément les activités qui exposent au risque respiratoire de contamination :

  • les manipulations de bois ;
  • le nettoyage de locaux longtemps inoccupés (cabanes, greniers, granges, caves) ;
  • toute activité qui met en suspension de la poussière ou de la terre, notamment la rénovation de vieux locaux poussiéreux et le remblayage.

Exemple : Karim est ouvrier agricole. Son employeur lui demande de nettoyer une grange laissée à l’abandon depuis trois ans, dans laquelle des traces de rongeurs sont visibles. Sans masque ni précaution particulière, Karim balaie le sol au sec et soulève des poussières. Cette activité, selon Santé publique France, correspond précisément au mode classique de contamination par hantavirus en métropole. L’employeur, au titre de son obligation générale de sécurité, doit anticiper ce risque.

2.5. En France métropolitaine, un risque concentré dans le quart nord-est

Les hantavirus sont essentiellement présents dans le quart nord-est de la France métropolitaine. Le virus Puumala y est responsable de la grande majorité des cas humains. De petites épidémies peuvent survenir surtout au printemps et en été. Environ 100 cas de fièvres hémorragiques à syndrome rénal sont détectés en moyenne chaque année en France métropolitaine. En Guyane, 11 cas de syndrome cardio-pulmonaire ont été identifiés depuis 2008.

Ces données rappellent que l’hantavirus n’est pas un virus « importé » par le MV Hondius. C’est un risque endémique sur certaines parties du territoire national, qui se cumule désormais avec la menace ponctuelle de la souche Andes.

3. Salarié placé en quarantaine ou en isolement : les quatre réflexes immédiats

Le salarié visé par une mesure prise sur le fondement du décret n° 2026-364 se trouve dans une situation d’indisponibilité contrainte. Quatre réflexes s’imposent.

3.1. Informer immédiatement l’employeur

La mesure de quarantaine ou d’isolement procède d’une décision administrative. Elle s’impose au salarié, qui ne peut s’y soustraire sans s’exposer aux sanctions de l’article L. 3136-1 du Code de la santé publique. Le salarié doit informer son employeur sans délai du placement, de sa durée prévisible et de son fondement.

L’information doit être circonstanciée. Mention du décret n° 2026-364 du 10 mai 2026, mention de la décision administrative individuelle prise sur ce fondement, mention de la durée annoncée et du lieu de l’isolement le cas échéant. Cette information conditionne la suite du traitement administratif et social de la situation.

3.2. Conserver tout justificatif administratif

Toute pièce écrite remise par l’autorité sanitaire ou par le préfet doit être conservée. Notification de placement en quarantaine, arrêté préfectoral le cas échéant, document remis par l’établissement de santé d’accueil. Ces pièces servent de fondement à toute demande ultérieure (indemnisation, contestation, justification de l’absence).

3.3. Ne pas rompre unilatéralement et ne pas accepter une rupture présentée comme « inévitable »

L’absence consécutive à une mesure administrative de quarantaine ou d’isolement n’est pas un abandon de poste tant que le salarié a informé son employeur et justifié de sa situation. Toute mesure disciplinaire qui se fonderait sur cette absence est susceptible de contestation. Le salarié ne doit pas signer dans l’urgence une rupture conventionnelle ou un solde de tout compte présenté comme la seule issue.

3.4. Anticiper les questions de rémunération

Les documents officiels publiés à l’appui du décret ne détaillent pas le régime de maintien de rémunération applicable. Le décret renvoie aux articles L. 3131-12 et L. 3131-13 du Code de la santé publique, dont le contenu encadre les mesures elles-mêmes mais dont la combinaison avec le droit du travail (maintien de salaire, indemnités journalières spécifiques, articulation avec un éventuel arrêt de travail) suppose une analyse au cas par cas. Le salarié placé en quarantaine ou en isolement a tout intérêt à faire vérifier sa situation par un conseil dès la notification de la mesure.

En clair : vous êtes placé en quarantaine. Vous prévenez l’employeur, vous conservez tout document écrit, vous ne signez rien dans la précipitation, et vous faites analyser votre situation pour la rémunération. Ne pas se contenter d’une réponse approximative.

4. L’employeur face au décret du 10 mai 2026 : trois zones d’action

L’employeur dont un salarié est visé par une mesure de quarantaine ou d’isolement se trouve dans une situation à trois dimensions. Aucune ne peut être négligée.

4.1. Gérer l’absence individuelle du salarié concerné

Première dimension, individuelle. L’employeur ne peut tenir le salarié pour responsable de son absence. Le placement procède d’une décision administrative prise sur le fondement du Code de la santé publique. Le salarié n’a aucune marge de manœuvre pour s’y soustraire.

L’employeur doit donc :

  • enregistrer l’absence sur la base du justificatif administratif communiqué par le salarié ;
  • s’abstenir de toute mesure disciplinaire liée à cette absence ;
  • maintenir le lien contractuel pendant toute la durée de la mesure, qui peut atteindre 42 jours ;
  • traiter la paie en fonction du régime applicable au cas d’espèce, en évitant toute décision unilatérale susceptible d’être ultérieurement contestée.

4.2. Faire respecter l’obligation de sécurité collective

Deuxième dimension, collective. L’employeur reste tenu à son obligation générale de sécurité à l’égard des autres salariés de l’entreprise. Si un cas confirmé ou suspect est identifié parmi le personnel, l’employeur doit évaluer le risque d’exposition des autres collaborateurs, adapter l’organisation du travail si nécessaire et, le cas échéant, mettre en place les mesures de prévention adaptées.

Cette obligation est de portée générale. Elle ne procède pas du décret du 10 mai 2026, qui régit le placement administratif. Elle découle des principes généraux de prévention du droit du travail.

4.3. Mettre en place les mesures de prévention applicables aux salariés exposés

Troisième dimension, préventive. Pour les entreprises dont l’activité expose les salariés au risque hantavirus (forestiers, agricoles, entretien de locaux ruraux, rénovation), Santé publique France a publié une liste précise de mesures de prévention applicables au quotidien :

  • ne pas pénétrer dans des locaux fermés ou abandonnés sans précaution ;
  • porter un masque, aérer et asperger d’eau (ou de désinfectant ou d’eau de Javel) avant de nettoyer les sols des locaux longtemps fermés ou inoccupés ;
  • aérer les locaux fermés avant et pendant leur nettoyage ;
  • utiliser l’aspirateur plutôt que le balai ;
  • ne pas utiliser de jets d’eau à haute pression ;
  • dératiser les habitations et bâtiments situés en forêt ou en bordure de forêt ;
  • empêcher l’accès des rongeurs aux locaux et éliminer les abris utilisables par eux (stockage de bois, etc.) ;
  • mettre un pansement sur toute blessure avant de manipuler du bois ou de travailler la terre ;
  • éviter de manipuler des rongeurs vivants ou morts et leurs nids, porter des gants en caoutchouc ou en latex.

Ces mesures, présentées par Santé publique France comme des recommandations sanitaires, sont parfaitement transposables en consignes professionnelles. Elles peuvent être intégrées dans les procédures internes de l’entreprise et utilisées comme support de formation à la sécurité des salariés exposés.

Exemple : une entreprise d’élagage et de débroussaillage emploie quinze salariés intervenant en milieu forestier. À la suite de la publication du décret du 10 mai 2026, le dirigeant met à jour les consignes de sécurité. Il fournit masques FFP2 et gants en latex pour toute intervention dans des locaux ou bâtiments laissés à l’abandon, interdit l’usage du jet d’eau à haute pression sur les surfaces poussiéreuses et organise une session de sensibilisation au risque hantavirus. Cette démarche, alignée sur les recommandations de Santé publique France, traduit l’obligation de prévention en mesures opérationnelles.

5. Les questions ouvertes que les employeurs et les salariés doivent anticiper

Les documents officiels disponibles à la date du présent article (décret du 10 mai 2026, fiche info.gouv.fr du 11 mai 2026, dossier hantavirus de Santé publique France) ne tranchent pas plusieurs questions essentielles en pratique. Ces zones grises appellent une analyse juridique individualisée.

Première zone grise, le régime exact de maintien de rémunération du salarié placé en quarantaine ou en isolement. Le décret renvoie aux dispositions générales du Code de la santé publique sur les mesures de quarantaine et d’isolement, sans en reproduire le détail. L’articulation avec les dispositifs d’arrêt de travail dérogatoires éventuellement applicables, avec les indemnités journalières de sécurité sociale et avec les obligations conventionnelles de l’employeur suppose une vérification au cas par cas.

Deuxième zone grise, les voies de recours ouvertes contre la décision administrative de placement. La possibilité d’un référé-liberté, les délais de saisine du juge, les conditions de levée anticipée de la mesure : ces questions ne sont pas tranchées par le décret lui-même mais relèvent des règles générales du Code de la santé publique.

Troisième zone grise, la reconnaissance éventuelle d’une infection à hantavirus contractée en milieu professionnel comme maladie professionnelle. Les documents projet ne comportent pas d’analyse sur cette question, qui relève de l’examen des tableaux de maladies professionnelles et, à défaut, du système complémentaire de reconnaissance. Les salariés exposés et leurs employeurs ont intérêt à anticiper cette question.

Quatrième zone grise, la coordination entre les obligations de prévention en entreprise (DUERP, mesures collectives, équipements de protection individuelle) et la cartographie spécifique du risque hantavirus telle qu’établie par Santé publique France. Cette coordination suppose un travail d’adaptation interne à chaque entreprise concernée.

Sur chacun de ces points, Auron Avocat accompagne employeurs et salariés pour sécuriser leurs droits et leurs obligations.

6. Check-list pratique

6.1. Vous êtes salarié, exposé professionnellement ou visé par une mesure du décret

Vérifiez si votre situation entre dans le champ du décret. Si vous avez séjourné à bord du MV Hondius entre le 1er avril et le 10 mai 2026, ou si vous étiez passager des vols 4Z132 ou KL592 du 25 avril 2026, signalez-vous sans délai aux autorités sanitaires.

Si une mesure est notifiée, informez immédiatement votre employeur, conservez tous les documents administratifs reçus et ne signez aucune rupture présentée comme inévitable. Faites analyser votre situation par un conseil dès que possible.

Si vous êtes exposé professionnellement au risque hantavirus (forestier, agricole, manipulation de bois, nettoyage de locaux longtemps inoccupés), demandez à votre employeur la mise à jour des consignes de sécurité et la mise à disposition des équipements de protection individuelle adaptés.

6.2. Vous êtes employeur et un salarié est visé par une mesure

Enregistrez l’absence sur la base du justificatif administratif. Abstenez-vous de toute mesure disciplinaire liée à l’absence. Maintenez le lien contractuel pour la durée de la mesure, qui peut atteindre 42 jours.

Vérifiez le régime de paie applicable au cas d’espèce. En cas de doute, faites valider votre traitement par un conseil pour éviter une contestation ultérieure.

6.3. Vous êtes employeur d’un secteur exposé au risque hantavirus

Identifiez les salariés effectivement exposés (intervention en forêt ou en zone rurale, nettoyage de locaux longtemps inoccupés, manipulation de bois). Mettez à jour vos consignes de sécurité en intégrant les recommandations de Santé publique France. Fournissez les équipements adaptés (masques, gants en latex, désinfectant). Anticipez l’évaluation du risque dans votre démarche globale de prévention.

FAQ : hantavirus et droit du travail

Le décret du 10 mai 2026 s’applique-t-il à tous les salariés français ?

Non. Le décret vise trois catégories précises de personnes : les passagers du navire MV Hondius arrivés en France entre le 1er avril et le 10 mai 2026, les personnes ayant été en contact avec un cas et présentant un risque sérieux d’infection, et les passagers de deux vols internationaux identifiés (4Z132 Sainte-Hélène-Johannesburg et KL592 Johannesburg-Amsterdam, tous deux du 25 avril 2026). Les salariés non concernés par ces situations n’entrent pas dans le champ du décret.

Quelle est la durée maximale d’une mesure de quarantaine ou d’isolement prise sur le fondement du décret ?

La durée totale ne peut excéder 42 jours, qu’il s’agisse de la quarantaine initiale en établissement de santé (article 1er du décret) ou des mesures prises à l’égard des personnes contacts (article 4). Cette durée correspond aux limites d’incubation observées pour l’hantavirus.

Un employeur peut-il licencier un salarié placé en quarantaine ou en isolement ?

Le placement administratif n’est pas en lui-même une cause de licenciement. L’absence consécutive à une mesure de quarantaine ou d’isolement procède d’une décision impérative prise sur le fondement du Code de la santé publique. Le salarié n’a aucun moyen de s’y soustraire sans s’exposer aux sanctions de l’article L. 3136-1 du Code de la santé publique. Toute mesure disciplinaire fondée sur cette absence est susceptible de contestation.

Le syndrome hantavirus peut-il être reconnu en maladie professionnelle ?

Les documents officiels publiés à l’appui du décret du 10 mai 2026 ne tranchent pas cette question. La reconnaissance d’une infection à hantavirus comme maladie professionnelle suppose l’examen des tableaux de maladies professionnelles applicables et, à défaut, le recours au système complémentaire de reconnaissance. Salariés exposés et employeurs ont intérêt à faire analyser cette question en amont.

Quelles activités professionnelles exposent réellement au risque hantavirus en France ?

Santé publique France identifie quatre catégories de personnes exposées : celles vivant à proximité d’une forêt ou d’habitats propices aux rongeurs, celles travaillant dans les forêts ou dans des milieux ruraux agricoles (principalement en Guyane), celles pratiquant des activités en forêt et celles ayant des contacts directs ou indirects avec des rongeurs. Les activités précisément à risque sont la manipulation de bois, le nettoyage de locaux longtemps inoccupés et toute activité mettant en suspension poussières ou terre (rénovation de vieux locaux, remblayage).

Dans quelle zone géographique le risque hantavirus est-il le plus élevé en France ?

En France métropolitaine, les hantavirus sont essentiellement présents dans le quart nord-est. Environ 100 cas de fièvres hémorragiques à syndrome rénal sont détectés en moyenne chaque année. En Guyane, 11 cas de syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus ont été identifiés depuis 2008. Les autres régions ne sont pas indemnes mais présentent une incidence beaucoup plus faible.

Quels sont les symptômes d’une infection par hantavirus ?

Les hantavirus peuvent provoquer, en Europe, des fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) dont la gravité va du syndrome grippal à l’insuffisance rénale, voire à des formes neurologiques. Sur le continent américain, ils provoquent un syndrome cardio-pulmonaire avec détresse respiratoire et cardiaque rapide. L’incubation varie d’une semaine à six semaines selon le virus. En présence de signes cliniques et d’une activité à risque (loisirs ou travail en forêt, manipulation de bois, nettoyage de maisons longtemps inhabitées), il convient de consulter un médecin en signalant l’exposition.

L’hantavirus se transmet-il d’humain à humain ?

Non, dans la quasi-totalité des cas. Aucune transmission interhumaine n’a été décrite pour les hantavirus en général, à une exception près : l’hantavirus sud-américain Andes, précisément en cause dans l’épisode du MV Hondius. C’est ce caractère exceptionnel qui justifie la sévérité des mesures prises par le décret du 10 mai 2026.

Existe-t-il un vaccin ou un traitement contre l’hantavirus ?

Non. Santé publique France indique expressément qu’il n’existe ni traitement spécifique ni prophylaxie vaccinale. Le diagnostic repose sur la sérologie et la détection moléculaire de l’ARN viral, effectuée par le Centre national de référence des hantavirus et son laboratoire associé en Guyane.

Quelles mesures de prévention l’employeur doit-il mettre en place pour les salariés exposés ?

Santé publique France recommande, pour les activités à risque, le port d’un masque, l’aération et l’aspersion d’eau ou de désinfectant avant tout nettoyage de locaux longtemps fermés, l’usage de l’aspirateur plutôt que du balai, l’interdiction des jets d’eau à haute pression, la dératisation des bâtiments situés en forêt ou en zone rurale, l’interdiction de manipuler les rongeurs morts ou vivants sans gants en latex, et la pose d’un pansement sur toute blessure avant manipulation de bois. L’employeur peut transposer ces recommandations en consignes internes et en formation à la sécurité.

Un salarié peut-il refuser une activité l’exposant au risque hantavirus ?

Cette question relève du droit de retrait prévu par le Code du travail et de l’analyse, au cas par cas, de l’existence d’un danger grave et imminent. Les documents officiels n’apportent pas de réponse spécifique au cas de l’hantavirus. La question doit être appréciée à l’aune des conditions concrètes d’exposition et des mesures de prévention effectivement mises en place par l’employeur.

Que se passe-t-il à l’issue des 42 jours de quarantaine ou d’isolement ?

Le décret limite la durée totale des mesures à 42 jours. À l’issue de cette période, et en l’absence d’infection confirmée, la personne reprend une vie normale et le salarié peut reprendre son poste. Si une infection est confirmée pendant la période, la prise en charge bascule sur le terrain médical et la mesure de quarantaine cède la place à une prise en charge sanitaire de droit commun.

Vous êtes concerné par le décret du 10 mai 2026 ou exposé au risque hantavirus en milieu professionnel ?

Un salarié de votre entreprise est placé en quarantaine ou en isolement. Votre activité expose vos collaborateurs au risque hantavirus en milieu forestier, agricole ou de manipulation de bois. Vous êtes vous-même visé par une mesure prise sur le fondement du décret n° 2026-364 du 10 mai 2026 et vous vous interrogez sur vos droits.

Auron Avocat vous accompagne pour sécuriser le traitement individuel de l’absence du salarié placé en quarantaine, pour adapter vos consignes de prévention au risque hantavirus, pour analyser les voies de recours contre une mesure administrative et pour anticiper la reconnaissance éventuelle d’une maladie professionnelle.

La durée maximale de 42 jours fixée par le décret rend l’anticipation déterminante. N’attendez pas pour faire analyser votre situation.

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Auteur de l'article
Arnaud Sirven
Fondateur d'Auron Avocat

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