08.05.2026

Mise à disposition de salarié : peut-on vous imposer un changement d'employeur ?

Cet article vous guide dans le décryptage des trois grands schémas de mobilité intra-groupe utilisés en pratique. Vous comprendrez ce que recouvre exactement la mise à disposition de salarié, ce qu’est une convention tripartite, et quels réflexes adopter face à une proposition de votre employeur. L’objectif : vous donner les outils pour identifier ce qu’on vous propose réellement, négocier en connaissance de cause, et préserver vos droits dans une opération qui, mal cadrée, peut tourner à votre désavantage.

Prendre rendez-vous

Par Maître Arnaud Sirven, Avocat en droit du travail Mis à jour le 8 mai 2026

À retenir Votre employeur ne peut pas vous imposer un changement d’employeur sans votre accord exprès et écrit. Le changement d’employeur constitue une modification du contrat de travail qui exige votre consentement. Les clauses qui prévoient à l’avance votre acceptation d’une mutation future dans une autre société, même appartenant au même groupe, sont sans valeur juridique. Trois schémas existent en pratique pour faire évoluer votre situation : la mise à disposition temporaire prévue par les articles L. 8241-1 et L. 8241-2 du Code du travail (vous restez salarié de votre employeur d’origine), la convention tripartite (transfert définitif de votre contrat), et la rupture suivie d’un nouveau contrat. Chacun de ces schémas obéit à un régime juridique précis qu’il faut connaître pour préserver vos droits, votre ancienneté et votre rémunération. Le réflexe pratique : exiger un écrit clair, vérifier la nature du schéma proposé, négocier vos contreparties avant toute signature.

Lorsqu’une entreprise vous propose une mobilité au sein de son groupe, plusieurs scénarios sont envisageables. Mise à disposition temporaire, convention tripartite, rupture de contrat suivie d’une nouvelle embauche dans une filiale, détachement à l’étranger : derrière des termes parfois flous se cachent des régimes juridiques très différents, qui n’engagent ni les mêmes obligations pour l’employeur, ni les mêmes droits pour vous.

La distinction est cruciale, car le changement d’employeur n’est jamais anodin. Il touche à votre ancienneté, à votre rémunération, à vos clauses contractuelles, à votre régime de protection sociale, et parfois à votre lieu de travail. Or, le droit français pose un principe protecteur fort : votre changement d’employeur constitue une modification de votre contrat de travail qui ne peut vous être imposée. Aucune clause préalable, aucun engagement de mobilité signé en début de carrière ne peut suffire à faire passer votre contrat d’une société à une autre sans votre accord exprès.

Cet article vous guide dans le décryptage des trois grands schémas de mobilité intra-groupe utilisés en pratique. Vous comprendrez ce que recouvre exactement la mise à disposition de salarié, ce qu’est une convention tripartite, et quels réflexes adopter face à une proposition de votre employeur. L’objectif : vous donner les outils pour identifier ce qu’on vous propose réellement, négocier en connaissance de cause, et préserver vos droits dans une opération qui, mal cadrée, peut tourner à votre désavantage.

Le principe fondateur : votre changement d’employeur ne peut pas vous être imposé

Votre employeur ne peut pas changer unilatéralement l’identité de la société qui vous emploie, car le changement d’employeur constitue une modification du contrat de travail qui exige votre accord exprès et écrit. Ce principe protecteur est constant en jurisprudence et conditionne tous les schémas de mobilité intra-groupe que nous allons étudier.

Pourquoi le changement d’employeur exige-t-il votre accord ?

Le changement d’employeur exige votre accord parce qu’il modifie l’un des éléments essentiels de votre contrat de travail, à savoir l’identité de la personne juridique qui s’engage à vous fournir un travail et à vous verser une rémunération. Cette identité n’est pas un détail administratif, elle conditionne le régime conventionnel applicable, votre ancienneté, vos avantages sociaux, votre régime de retraite, et la couverture santé dont vous bénéficiez.

En clair : votre employeur, c’est la société dont l’enseigne figure sur votre bulletin de paie. Si on vous propose de changer cette enseigne pour celle d’une filiale ou d’une société sœur, ce n’est pas une simple mutation administrative, c’est un changement de contrat. Vous avez donc le droit de dire oui, de négocier ou de dire non.

Le principe est si fort que même les groupes structurés, où les sociétés mères et filiales sont juridiquement distinctes mais économiquement intégrées, ne peuvent pas s’en affranchir. Chaque société du groupe est un employeur distinct au sens du droit du travail, et le passage d’un employeur à un autre suppose toujours un acte juridique tripartite ou bilatéral auquel vous participez.

Les clauses dites de « mobilité intra-groupe » d’avance sont-elles valables ?

Les clauses qui prévoient par avance votre acceptation d’un futur changement d’employeur dans une autre société du groupe ne sont pas valables et ne peuvent pas vous être opposées. Cette interdiction est constante en jurisprudence. Concrètement, la clause par laquelle vous auriez signé en début de contrat un accord général à toute mutation future au sein du groupe est juridiquement sans effet.

Exemple : Sophie, ingénieure recrutée en CDI dans une filiale française d’un groupe international, a signé en 2018 une clause libellée ainsi : « Je donne par avance mon accord à toute mutation au sein des sociétés du groupe, en France comme à l’étranger, sans que cette mutation ne constitue une modification de mon contrat de travail. » En 2026, son employeur lui notifie qu’elle est mutée dans une société sœur basée dans un autre pays, en s’appuyant sur cette clause. Sophie peut refuser : la jurisprudence considère que cette clause est sans effet et ne peut pas être utilisée pour contourner l’exigence d’un accord exprès au moment de la mutation.

Méfiez-vous donc des contrats qui contiennent ce genre de clauses. Leur seule présence ne signifie pas qu’elles soient valables. La règle de protection joue à votre profit, indépendamment de ce que vous avez pu accepter en début de relation.

Quelle différence entre mutation géographique et changement d’employeur ?

La mutation géographique est une simple modification du lieu de travail dans la même société, tandis que le changement d’employeur est un changement de la personne juridique qui vous emploie. Ces deux opérations obéissent à des règles différentes.

Une mutation géographique au sein du même secteur géographique, ou « bassin d’emploi » selon la formulation de la Cour de cassation, peut vous être imposée sans votre accord car elle ne constitue pas une modification du contrat de travail. En revanche, une mutation hors de ce bassin d’emploi exige votre accord. À titre d’exemple, la Cour de cassation a jugé que 35 kilomètres de distance entre deux lieux de travail successifs ne pouvaient pas nécessairement être imposés au salarié.

En clair : déplacement de bureau dans la même ville, c’est juste une mutation géographique, votre employeur peut le décider seul. Déplacement dans une autre ville à 50 kilomètres, c’est une modification du contrat, votre accord est requis. Déplacement vers une autre société, peu importe la distance, c’est un changement d’employeur, votre accord exprès est obligatoire.

Cette distinction entre mutation géographique et changement d’employeur est fondamentale, car les employeurs utilisent parfois la terminologie de « mutation » pour englober en réalité un véritable changement d’employeur. Soyez vigilant sur le contenu réel de la proposition qui vous est faite.

Les trois schémas qui peuvent faire bouger votre contrat de travail

Trois schémas juridiques principaux existent pour organiser une mobilité au sein d’un groupe, et chacun emporte des conséquences très différentes pour vous. Comprendre lequel s’applique à votre situation conditionne la nature de vos droits et la stratégie de négociation que vous pouvez adopter.

Quel est le premier schéma : la mise à disposition temporaire ?

La mise à disposition salarié est un schéma temporaire dans lequel vous restez salarié de votre employeur d’origine tout en travaillant pour une autre entreprise pendant une durée déterminée. Concrètement, en tant que salarié mise à disposition, votre employeur ne change pas, seule l’entreprise pour laquelle vous travaillez quotidiennement est différente. Ce schéma est défini de manière précise par les articles L. 8241-1 et L. 8241-2 du Code du travail sous le vocable de « prêt de main-d’œuvre ».

Vos caractéristiques essentielles dans ce schéma : votre contrat de travail initial n’est ni rompu, ni suspendu, vous continuez à faire partie des effectifs de votre employeur d’origine, et l’employeur ne change donc pas. La mise à disposition est par nature temporaire et le recours au prêt de main-d’œuvre à des fins lucratives est strictement interdit.

En clair : la mise à disposition, c’est un prêt. Votre employeur vous prête à une autre société pour un temps. Vous travaillez chez l’autre société, mais vous restez juridiquement salarié de votre employeur d’origine. Votre fiche de paie ne change pas, votre ancienneté continue, vos avantages restent les mêmes. À la fin du prêt, vous revenez chez votre employeur ou bien on vous prête à nouveau ailleurs.

Quel est le deuxième schéma : la convention tripartite ?

La convention tripartite est un acte signé entre vos deux employeurs successifs et vous, par lequel votre contrat de travail est transféré définitivement d’une société à une autre, sans rupture. Ce schéma est privilégié en pratique pour sa simplicité formelle et sa clarté juridique.

À proprement parler, votre contrat initial n’est pas rompu mais transféré en l’état. Cela emporte deux conséquences importantes : votre période d’essai ne peut pas être renouvelée, et la reprise de votre ancienneté est obligatoire chez le nouvel employeur. La Cour de cassation exige expressément la signature d’une convention tripartite et refuse que le transfert puisse s’opérer par le biais de documents ou d’actes bilatéraux distincts.

Les règles de la rupture conventionnelle individuelle (C. trav., art. L. 1237-11) ne s’appliquent pas à la convention tripartite. La Cour de cassation l’a confirmé en jugeant que ces règles ne sont pas applicables à une convention tripartite ayant pour objet d’organiser non pas la rupture, mais la poursuite du contrat de travail.

Exemple : Pierre, cadre commercial dans une filiale française d’un groupe, accepte de rejoindre la filiale britannique du même groupe. Trois solutions s’offrent à lui. Option 1, mise à disposition temporaire : il reste salarié français pendant deux ans, il revient ensuite. Option 2, convention tripartite : son contrat français est transféré tel quel à la filiale britannique, son ancienneté de douze ans est conservée, ses clauses également. Option 3, rupture suivie d’un nouveau contrat : il démissionne de la société française, signe un nouveau contrat britannique, son ancienneté redémarre à zéro. La convention tripartite est généralement la plus avantageuse pour Pierre.

Quel est le troisième schéma : la rupture suivie d’un nouveau contrat ?

Le troisième schéma consiste à rompre votre contrat existant chez votre employeur d’origine, puis à signer un nouveau contrat avec la société d’accueil. La rupture peut intervenir par démission, rupture conventionnelle individuelle ou licenciement, et le nouveau contrat est négocié librement entre vous et le nouvel employeur.

Ce schéma offre une flexibilité maximale dans la négociation des nouvelles dispositions contractuelles : période d’essai, engagement de non-concurrence, rémunération, fonctions. Mais il présente aussi le risque le plus élevé pour vous, puisque votre contrat initial est rompu sans garantie automatique de reprise d’ancienneté chez le nouvel employeur.

La reprise de l’ancienneté ne va pas de soi en l’absence d’accord exprès, même lorsque la mutation s’opère à l’intérieur du même groupe. Si vous optez pour ce schéma, exigez impérativement un accord écrit sur la reprise d’ancienneté, faute de quoi vos années chez l’employeur d’origine seront considérées comme effacées.

En clair : ce schéma, c’est l’option « repartir à zéro ». Vous quittez votre employeur, vous signez un nouveau contrat ailleurs. Tout se renégocie. C’est le schéma le plus risqué pour vous parce que tout ce que vous aviez gagné en ancienneté disparaît, sauf si vous obtenez par écrit la reprise. C’est aussi celui qui offre le plus de flexibilité si vous savez négocier.

La mise à disposition de salarié décryptée

La mise à disposition de salarié, ou prêt de main-d’œuvre, obéit à un cadre légal précis dont la maîtrise conditionne tant vos droits que la régularité de l’opération. Trois conditions cumulatives doivent être réunies, et plusieurs subtilités pratiques méritent une vigilance particulière.

Quelles sont les trois conditions légales de la mise à disposition ?

Les trois conditions légales de la mise à disposition de salarié sont votre accord exprès, la signature d’une convention tripartite de mise à disposition entre les deux entreprises et vous, et la signature d’un avenant à votre contrat de travail. Aucune de ces conditions n’est facultative.

Première condition, votre accord. La mise à disposition ne peut intervenir sans votre acceptation. Cet accord doit être éclairé : votre employeur doit vous informer du caractère temporaire de l’opération, de l’identité de l’entreprise utilisatrice, des conditions de travail, et de la durée prévisionnelle. Un accord donné dans l’ignorance d’un ou plusieurs de ces éléments serait fragile.

Deuxième condition, la convention tripartite de mise à disposition. Ce document, parfois appelé « convention de mise à disposition de salarié » ou « contrat de mise à disposition de salarié » selon les usages internes, est signé par votre employeur d’origine, l’entreprise utilisatrice et vous. La convention mise à disposition salarié fixe les modalités opérationnelles : durée, missions, conditions de travail, rémunération, modalités de retour. Il s’agit d’un acte juridique structurant qui doit être complet et précis.

Troisième condition, l’avenant à votre contrat de travail. Cet avenant officialise le passage en mise à disposition au sein de votre relation contractuelle avec votre employeur d’origine. Il précise généralement la durée de la mise à disposition, l’entreprise d’accueil, vos missions, et les conditions de retour.

Pourquoi la mise à disposition à but lucratif est-elle interdite ?

La mise à disposition à but lucratif est interdite parce qu’elle relèverait d’une activité de placement de main-d’œuvre, réservée par la loi à des intermédiaires spécialisés (entreprises de travail temporaire, agences de placement). Le prêt de main-d’œuvre entre entreprises hors de ce cadre n’est licite que s’il est exclusif de tout but lucratif, ce qui implique une refacturation strictement limitée aux salaires, charges et frais professionnels engagés pour le salarié.

Si votre employeur facture l’entreprise utilisatrice au-delà de ces coûts strictement supportés, la mise à disposition peut être requalifiée en prêt de main-d’œuvre illicite ou en délit de marchandage, infractions assorties de sanctions pénales significatives. Cette zone est particulièrement scrutée lorsque la mise à disposition s’inscrit dans une prestation de services ou de sous-traitance entre deux entreprises.

En clair : votre employeur peut vous prêter à une autre société, mais il n’a pas le droit d’en faire un commerce. La société utilisatrice ne peut rembourser que le coût réel (votre salaire et les charges associées), pas plus. Si vous voyez des refacturations gonflées, vous tenez peut-être un prêt de main-d’œuvre illicite, ce qui ouvre des actions de votre côté.

Quels sont vos droits pendant la mise à disposition ?

Pendant la mise à disposition, vous conservez le bénéfice de l’ensemble des avantages auxquels vous étiez éligible si vous aviez continué d’exécuter votre travail dans l’entreprise prêteuse, votre employeur d’origine. Ce principe est posé par l’article L. 8241-2 du Code du travail et confirmé par la Cour de cassation.

Concrètement, cela signifie que vos avantages conventionnels (treizième mois, intéressement, participation, mutuelle, prévoyance), votre ancienneté, vos congés acquis, vos avantages individuels d’usage continuent à s’appliquer comme si vous étiez resté chez votre employeur d’origine. L’entreprise utilisatrice ne peut pas vous appliquer un régime moins favorable au prétexte que vous travaillez chez elle.

Exemple : Marie, salariée d’une banque française mise à disposition pendant dix-huit mois auprès d’une fintech filiale du groupe, conserve son treizième mois prévu par sa convention collective bancaire, alors que la fintech ne le prévoit pas. Elle conserve aussi sa mutuelle d’origine, son intéressement bancaire, et son ancienneté continue de courir. À la fin de la mise à disposition, elle revient chez la banque dans les conditions exactement antérieures à son départ.

L’obligation de sécurité incombe pendant la mise à disposition à l’entreprise utilisatrice (qui exerce la direction opérationnelle) mais également à votre employeur d’origine, qui reste tenu de veiller à votre santé et à vos conditions de travail. Cette double obligation de sécurité a été confirmée par la Cour de cassation à propos d’horaires de travail jugés excessifs imposés par l’entreprise utilisatrice.

Que se passe-t-il à la fin de la mise à disposition ?

À la fin de la mise à disposition, deux scénarios sont possibles : soit vous rejoignez une nouvelle entreprise utilisatrice désignée par votre employeur d’origine au travers d’une nouvelle mise à disposition, soit vous regagnez votre employeur prêteur. Ce retour à l’employeur d’origine est l’élément qui distingue la mise à disposition des autres schémas de mobilité.

Le retour vers l’employeur d’origine peut soulever des difficultés en pratique. Votre poste initial peut avoir été supprimé, réorganisé ou attribué à un autre salarié pendant votre mise à disposition. Lorsqu’aucun poste n’est disponible, la rupture du contrat devient inévitable, mais votre employeur ne dispose pas spontanément d’un motif valable de licenciement. Un départ négocié est alors généralement la solution.

En clair : la fin de la mise à disposition, c’est un moment délicat. Si votre employeur a besoin de vous, vous reprenez votre poste comme avant. S’il n’a plus besoin, il doit vous trouver autre chose dans l’entreprise. À défaut, c’est généralement un départ négocié, qui peut être l’occasion de capitaliser sur votre situation pour obtenir des conditions de sortie favorables.

Les zones grises de la mise à disposition

En dépit d’un cadre légal clairement défini et d’apparence simple, la mise à disposition n’est pas exempte de difficultés pratiques. Trois zones grises méritent une vigilance particulière, car elles peuvent affecter directement vos droits et exposer votre employeur d’origine à des risques juridiques significatifs.

Quelle est la frontière entre direction opérationnelle et pouvoir disciplinaire ?

La frontière entre direction opérationnelle et pouvoir disciplinaire est l’une des zones les plus sensibles de la mise à disposition, car la confusion entre les deux peut conduire à requalifier l’opération en double contrat de travail. Le principe est simple à énoncer : votre employeur d’origine reste seul détenteur du pouvoir disciplinaire à votre égard, tandis que vous êtes placé sous la direction opérationnelle de l’entreprise utilisatrice pour l’exécution quotidienne de vos tâches.

Mais en pratique, la tentation est forte pour l’entreprise utilisatrice d’exercer elle-même un pouvoir disciplinaire pour faire respecter ses propres règles internes. Cette immixtion est juridiquement sanctionnée. La Cour de cassation a jugé que lorsque l’entreprise utilisatrice exerce un véritable pouvoir disciplinaire, elle peut être considérée comme votre employeur réel, au prix d’une requalification de la relation en contrat de travail avec elle.

En clair : dans une mise à disposition, l’utilisateur a le droit de vous dire « voilà ce qu’il faut faire et comment ». Il n’a pas le droit de vous dire « si tu fais ça, je te sanctionne ». Si l’utilisateur vous adresse des avertissements, des mises à pied ou des sanctions, vous tenez peut-être un argument pour soutenir que vous êtes en réalité salarié de l’utilisateur, ce qui peut ouvrir des droits supplémentaires.

Pouvez-vous vous retrouver en situation de coemploi ?

Vous pouvez vous retrouver en situation de coemploi lorsque l’immixtion de l’entreprise utilisatrice dans la relation contractuelle dépasse le cadre de la simple direction opérationnelle. Le coemploi est une notion construite par la jurisprudence selon laquelle plusieurs entités juridiques peuvent être considérées comme co-employeurs d’un même salarié, ce qui les rend solidairement responsables de l’ensemble des obligations attachées au contrat de travail.

Les indices du coemploi sont multiples : confusion d’intérêts, d’activités et de direction entre l’employeur prêteur et l’utilisateur, perte d’autonomie de l’employeur prêteur, gestion sociale unifiée. Lorsque ces indices sont caractérisés, vous pouvez actionner indifféremment l’un ou l’autre des deux co-employeurs pour faire valoir vos droits.

Cette situation peut vous être favorable : vous bénéficiez d’une garantie supplémentaire en cas de difficulté de l’un des deux. Mais elle est défavorable aux entreprises, qui se retrouvent solidairement responsables d’éventuels contentieux. Lorsque la mise à disposition est mal cadrée, le coemploi est un risque réel.

Comment l’obligation de sécurité s’applique-t-elle ?

L’obligation de sécurité s’applique pendant la mise à disposition à la fois à l’entreprise utilisatrice (qui exerce la direction opérationnelle et vous fournit le poste de travail) et à l’entreprise prêteuse (qui reste votre employeur). Cette double obligation est importante, car elle vous garantit deux interlocuteurs en cas de risque pour votre santé ou votre sécurité.

La Cour de cassation a rappelé en 2026 que l’obligation de sécurité incombe également à l’entreprise prêteuse pendant la période de mise à disposition, à propos d’horaires de travail jugés excessifs imposés par l’entreprise utilisatrice. La décision visait l’article L. 8241-2 du Code du travail et précisait que la solution aurait été identique si les faits ne s’étaient pas déroulés dans un contexte international.

En clair : si vous travaillez dans des conditions dangereuses ou excessives chez l’utilisateur, vous pouvez interpeller à la fois l’utilisateur et votre employeur d’origine. Les deux sont tenus de veiller sur vous. Cela double vos chances de faire bouger les choses si la situation est problématique.

La convention tripartite, schéma définitif privilégié

La convention tripartite est, en pratique, le schéma le plus utilisé pour organiser un transfert définitif de votre contrat de travail au sein d’un groupe. Sa simplicité formelle et sa clarté juridique en font une solution recommandée, à condition de bien comprendre ses conséquences et ses limites.

Comment fonctionne une convention tripartite ?

Une convention tripartite est un acte unique signé entre votre employeur d’origine, votre employeur d’accueil et vous, qui organise le transfert de votre contrat de travail entre les deux sociétés. Le succès pratique de ce type de mutation tient à sa simplicité formelle, puisqu’un seul acte concentre l’ensemble des obligations.

À proprement parler, votre contrat initial n’est pas rompu mais transféré en l’état. Cela emporte trois conséquences. Première conséquence, votre période d’essai éventuelle ne peut pas être renouvelée par le nouvel employeur. Deuxième conséquence, votre ancienneté est reprise de plein droit chez le nouvel employeur. Troisième conséquence, vos clauses contractuelles (fixe, variable, fonctions, mobilité) sont transférées à l’identique.

En clair : la convention tripartite, c’est l’acte qui dit « le contrat continue, mais avec un nouveau patron ». Pas de rupture, pas de redémarrage, votre ancienneté file. C’est la formule la plus protectrice pour vous, à condition que la rédaction soit propre.

Pourquoi la convention tripartite est-elle obligatoirement écrite ?

La convention tripartite est obligatoirement écrite et signée par les trois parties parce que la Cour de cassation refuse expressément que le transfert du contrat de travail puisse être opéré par le biais de documents ou d’actes bilatéraux, épars et distincts.

Cette exigence de formalisme est protectrice pour vous. Elle vous garantit que vous avez bien donné un accord exprès et conscient au transfert, et empêche votre employeur d’organiser le passage par une mosaïque d’actes que vous auriez pu signer sans en mesurer la portée d’ensemble. Si l’on vous propose un transfert intra-groupe sans convention tripartite formelle, c’est un signal d’alerte sérieux : la régularité de l’opération est fragile.

Les règles de la rupture conventionnelle s’appliquent-elles ?

Les règles de la rupture conventionnelle individuelle ne s’appliquent pas à la convention tripartite. La Cour de cassation a clairement écarté l’application des règles de l’article L. 1237-11 du Code du travail à une convention tripartite ayant pour objet d’organiser non pas la rupture, mais la poursuite du contrat de travail.

Cette solution est logique : la rupture conventionnelle suppose, par définition, une rupture du contrat. La convention tripartite, à l’inverse, organise la continuation du contrat avec un nouvel employeur. Les délais de rétractation, l’homologation par la DREETS et l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne s’appliquent donc pas. Le formalisme est plus simple, mais aussi moins encadré, ce qui rend d’autant plus important le contenu rédactionnel de la convention.

Comment négocier une convention tripartite à votre avantage ?

Vous pouvez négocier la convention tripartite en demandant des ajustements contractuels concomitants au transfert, ce qui est expressément admis. La Cour de cassation reconnaît que la mutation par convention tripartite n’empêche pas le salarié et le nouvel employeur de procéder à des ajustements contractuels subséquents (rémunération fixe ou variable, fonctions, mobilité géographique, clauses spécifiques).

Concrètement, plusieurs leviers de négociation existent. Le premier est la rémunération : profitez du transfert pour négocier une revalorisation salariale, une prime de mobilité ou un nouveau bonus variable. Le deuxième est l’ancienneté : exigez une mention explicite de la reprise intégrale, y compris pour le calcul des avantages futurs (préavis, indemnités de licenciement, congés d’ancienneté). Le troisième est la zone géographique : précisez les limites de votre mobilité pour éviter qu’on ne vous mute encore à l’avenir. Le quatrième est la clause de non-concurrence, si vous en avez une : profitez du transfert pour la renégocier ou la supprimer.

Exemple : Thomas, ingénieur senior depuis huit ans dans une filiale française, est sollicité pour rejoindre la société mère par convention tripartite. Plutôt que de signer la convention en l’état, il négocie : reprise explicite de son ancienneté de huit ans, intégration dans la grille de rémunération du siège (ce qui lui rapporte 8 % de hausse), prime de mobilité de 5 000 euros, suppression de sa clause de non-concurrence d’origine, et insertion d’une nouvelle clause limitée à un secteur d’activité précis. La convention tripartite est signée trois mois après la première discussion, avec des conditions sensiblement améliorées.

Quelle vigilance après la signature de la convention tripartite ?

Après la signature, votre vigilance doit porter sur l’absence de liens organiques résiduels avec votre précédent employeur, faute de quoi le risque de coemploi peut se matérialiser. Si après le transfert, vous continuez à reporter à votre ancien manager, à participer aux réunions de votre ancienne société ou à exécuter des tâches pour son compte, les juges peuvent considérer que les deux entreprises sont en réalité co-employeurs, ce qui complique la situation pour les sociétés et peut affecter la pureté du transfert.

Veillez donc à ce que votre rattachement opérationnel à votre nouvel employeur soit clair et complet. Si votre ancien employeur cherche à maintenir des liens informels, c’est dans votre intérêt de cadrer la situation par écrit pour éviter toute ambiguïté ultérieure.

La mutation internationale entre société mère et filiale étrangère

Lorsque la mobilité s’opère sur le plan international entre une société mère et l’une de ses filiales étrangères, un régime juridique spécifique s’applique. Ce régime, prévu par l’article L. 1231-5 du Code du travail, vous offre une protection particulière qui mérite d’être connue avant tout départ.

Que prévoit l’article L. 1231-5 du Code du travail ?

L’article L. 1231-5 du Code du travail prévoit que lorsqu’un salarié engagé par une société mère a été mis à la disposition d’une filiale étrangère et qu’un contrat de travail a été conclu avec cette dernière, la société mère assure son rapatriement en cas de licenciement par la filiale et lui procure un nouvel emploi compatible avec l’importance de ses précédentes fonctions en son sein.

Le texte ajoute que si la société mère entend néanmoins licencier ce salarié, les dispositions ordinaires du licenciement sont applicables, et que le temps passé par le salarié au service de la filiale est pris en compte pour le calcul du préavis et de l’indemnité de licenciement.

En clair : si vous partez à l’étranger pour rejoindre une filiale d’un groupe français, la société mère reste tenue de vous reprendre si la filiale vous licencie. Elle doit vous trouver un poste équivalent à celui que vous aviez avant de partir. Sinon, elle peut elle-même vous licencier, mais avec toutes les protections du droit français et en intégrant vos années à l’étranger dans le calcul des indemnités.

À quelles conditions ce dispositif protecteur s’applique-t-il ?

Ce dispositif s’applique à la double condition d’un engagement initial par une société mère française et d’une mise à disposition de cette société auprès d’une filiale étrangère, suivie de la conclusion d’un contrat de travail avec cette filiale. Si vous avez été directement recruté par la filiale étrangère, sans passer par la société mère française, le texte ne s’applique pas.

Cette distinction est cruciale. Lisez attentivement votre contrat initial : si vous avez signé avec la société mère française qui vous a ensuite « envoyé » dans la filiale étrangère, vous bénéficiez du dispositif. Si vous avez signé directement avec la filiale étrangère après une simple démarche de recrutement, vous êtes en dehors du dispositif et soumis au droit local.

Comment la jurisprudence interprète-t-elle l’obligation de rapatriement ?

La jurisprudence interprète l’obligation de rapatriement de manière sévère, en posant deux principes protecteurs pour le salarié. Premier principe, l’offre de réintégration formulée par la société mère doit être sérieuse, précise et compatible avec l’importance des fonctions précédemment occupées par le salarié chez elle. Une offre vague, dévalorisante ou inférieure aux fonctions antérieures n’est pas une véritable offre de réintégration.

Deuxième principe, en l’absence d’une telle offre, la société mère reste tenue, jusqu’à la rupture du contrat, au paiement des salaires et accessoires de rémunération du dernier emploi du salarié, dès lors que le salarié s’est tenu à disposition de l’employeur. Cette solution est très protectrice : si la société mère ne formule pas une offre sérieuse de réintégration, elle continue à vous payer.

Exemple : Pierre, recruté par une société mère française et envoyé en mission permanente dans une filiale brésilienne pendant six ans, est licencié par cette filiale en 2025. La société mère lui propose un poste de « chargé de mission » à Paris, sans périmètre clair, à un salaire inférieur de 30 % à son dernier emploi. Pierre considère cette offre comme non sérieuse et la refuse. Selon la jurisprudence applicable, la société mère reste tenue à son paiement intégral jusqu’à la rupture éventuelle du contrat, ce qui place Pierre dans une position de négociation très favorable.

Comment réagir si votre employeur vous propose une mobilité intra-groupe ?

Face à une proposition de mobilité intra-groupe, six réflexes peuvent vous éviter des erreurs coûteuses et préserver vos intérêts. Aucun de ces réflexes n’est facultatif lorsque l’enjeu touche à votre rémunération, votre ancienneté ou votre stabilité professionnelle.

Quel est le premier réflexe : identifier précisément le schéma proposé ?

Le premier réflexe est d’identifier précisément quel schéma juridique vous est proposé, car la dénomination employée par votre employeur peut masquer la réalité juridique de l’opération. Une « mobilité intra-groupe » peut désigner indifféremment une mise à disposition temporaire, une convention tripartite ou une rupture suivie d’un nouveau contrat. Or, chaque schéma emporte des conséquences radicalement différentes.

Posez explicitement la question à votre employeur : « S’agit-il d’une mise à disposition au sens des articles L. 8241-1 et L. 8241-2 du Code du travail, d’une convention tripartite, ou d’une rupture de mon contrat suivie d’un nouveau contrat ? » Exigez une réponse écrite et claire avant toute signature.

Quel est le deuxième réflexe : exiger un écrit clair ?

Exigez systématiquement un écrit clair, complet et signé par toutes les parties concernées. Aucune mobilité intra-groupe sérieuse ne peut être organisée par e-mail, par accord verbal ou par actes épars. La Cour de cassation l’a rappelé fermement pour la convention tripartite, et le principe vaut aussi pour la mise à disposition (qui exige convention tripartite et avenant) et pour la rupture suivie d’un nouveau contrat (qui exige un acte de rupture et un nouveau contrat).

Si l’écrit qui vous est proposé manque de précision sur la durée, les missions, la rémunération, les conditions de retour ou la reprise d’ancienneté, ne le signez pas en l’état. Demandez des précisions et des engagements écrits sur les points laissés flous.

Quel est le troisième réflexe : vérifier la reprise d’ancienneté ?

La reprise de votre ancienneté ne va pas de soi en l’absence d’accord exprès, même au sein du même groupe. Cette absence peut vous coûter très cher, car votre ancienneté détermine la durée de votre préavis, le montant de votre indemnité de licenciement, certains avantages conventionnels et parfois votre éligibilité à certaines primes.

Lisez attentivement les actes qui vous sont proposés à la recherche d’une mention explicite de la reprise d’ancienneté. Si elle n’y figure pas, exigez son ajout. La formulation idéale est : « Le présent transfert opère reprise intégrale de l’ancienneté du salarié acquise depuis le [date d’entrée initiale] dans le groupe, pour le calcul de l’ensemble des droits attachés au contrat de travail. »

Quel est le quatrième réflexe : négocier les contreparties ?

Profitez du transfert pour négocier les contreparties légitimes que la mobilité justifie. Une mobilité intra-groupe représente pour votre employeur une économie ou une réorganisation qui le valorise, et il est normal que vous obteniez en retour une amélioration de votre situation.

Les leviers classiques de négociation sont la revalorisation salariale (5 à 15 % selon les niveaux), la prime de mobilité (forfaitaire ou indexée), l’aide au déménagement si nécessaire, la révision de la voiture de fonction ou des avantages en nature, la révision de la clause de non-concurrence, et la garantie d’un poste équivalent en cas de retour. Ne signez pas sans avoir négocié ces points : l’expérience montre qu’une fois la convention signée, ces ajustements deviennent beaucoup plus difficiles à obtenir.

Exemple : Claire, directrice marketing dans une filiale lyonnaise, est sollicitée pour rejoindre la société mère parisienne par convention tripartite. Elle accepte le principe mais demande quatre contreparties : reprise intégrale de ses douze ans d’ancienneté, prime de mobilité de 8 000 euros, hausse de salaire de 7 %, et insertion d’une garantie de retour à Lyon dans un poste équivalent en cas de difficulté à Paris. Trois de ses quatre demandes sont acceptées. La convention est signée six semaines plus tard, dans des conditions sensiblement plus favorables que la proposition initiale.

Quel est le cinquième réflexe : examiner l’impact sur votre régime social ?

L’impact sur votre régime social peut être significatif, en particulier en cas de mobilité internationale. Vérifiez quel régime de sécurité sociale s’appliquera (français maintenu ou local), comment votre retraite sera abondée pendant la période, comment votre couverture santé évoluera, et quel sera l’impact fiscal du transfert (notamment en cas d’expatriation).

Pour une mobilité internationale, la distinction entre détachement et expatriation est centrale. Le détachement temporaire permet le plus souvent de conserver le bénéfice de votre régime de sécurité sociale d’origine. L’expatriation, à l’inverse, induit la perte du bénéfice du système de sécurité sociale d’origine. Faites-vous expliquer précisément le statut qui vous sera appliqué.

Quel est le sixième réflexe : faire relire l’acte par un professionnel ?

Le sixième réflexe est de faire relire l’acte qui vous est proposé par un avocat en droit du travail avant signature. La complexité juridique des conventions tripartites, des conventions de mise à disposition et des actes de rupture-nouveau contrat justifie un examen indépendant. Une heure de conseil avant la signature peut vous éviter des années de contentieux.

L’avocat vérifiera la conformité des actes au cadre légal, identifiera les clauses problématiques, négociera vos contreparties s’il intervient en amont, et sécurisera la rédaction des engagements pris à votre profit. Cet investissement modeste se rentabilise très souvent sur la simple revalorisation salariale obtenue ou sur la sécurisation de votre ancienneté.

Récapitulatif : la check-list du salarié face à une mobilité intra-groupe

Avant toute signature, vérifiez les points suivants. Sur la nature du schéma, avez-vous identifié s’il s’agit d’une mise à disposition temporaire, d’une convention tripartite ou d’une rupture suivie d’un nouveau contrat ? Avez-vous obtenu une réponse écrite de votre employeur sur ce point ?

Sur le formalisme, l’acte qui vous est proposé est-il signé par les trois parties (votre employeur d’origine, l’entreprise d’accueil, vous) ? Êtes-vous en présence d’un acte unique ou d’une mosaïque de documents bilatéraux ?

Sur la reprise d’ancienneté, l’acte mentionne-t-il explicitement la reprise intégrale de votre ancienneté ? Cette mention est-elle suffisamment claire pour englober le calcul du préavis, des indemnités et des avantages conventionnels ?

Sur la rémunération, votre rémunération fixe et variable est-elle préservée ou améliorée ? Avez-vous négocié une prime de mobilité ? Vos avantages individuels et conventionnels sont-ils maintenus ?

Sur la mobilité géographique, l’acte définit-il précisément la zone géographique de votre nouvelle affectation ? Avez-vous prévu les conditions d’un éventuel retour ?

Sur le retour, en cas de mise à disposition, les modalités de retour à l’employeur d’origine sont-elles définies (durée maximale, conditions, garanties) ? En cas de mobilité internationale, l’obligation de rapatriement de l’article L. 1231-5 vous protège-t-elle ?

Sur le régime social, l’impact sur votre sécurité sociale, votre retraite, votre couverture santé est-il clarifié ?

Sur la sécurisation, l’acte a-t-il été relu par un avocat en droit du travail ?

FAQ : les questions fréquentes sur la mise à disposition de salarié

Peut-on m’imposer un changement d’employeur dans le groupe ?

Non. Le changement d’employeur constitue une modification de votre contrat de travail qui ne peut vous être imposée sans votre accord exprès et écrit. Les clauses qui prévoient à l’avance votre acceptation d’un futur changement d’employeur sont invalides et inopposables. Vous pouvez donc refuser, et votre employeur ne peut vous sanctionner pour ce refus.

Quels sont les droits du salarié mis à disposition ?

Le salarié mis à disposition conserve l’ensemble des avantages auxquels il aurait eu droit s’il était resté chez son employeur d’origine, en application de l’article L. 8241-2 du Code du travail. Cela inclut la rémunération, l’ancienneté, les avantages conventionnels (treizième mois, intéressement, mutuelle, prévoyance), les avantages individuels d’usage. L’entreprise utilisatrice ne peut pas appliquer un régime moins favorable. La Cour de cassation a confirmé cette protection en 2026.

Le salarié mis à disposition peut-il refuser ?

Oui. La mise à disposition exige votre accord exprès, et un refus de votre part ne peut pas justifier de sanction disciplinaire ni de licenciement. Si votre employeur cherche à vous imposer une mise à disposition contre votre gré, cette opération est juridiquement irrégulière. Votre refus doit toutefois être formalisé par écrit pour être opposable, et il peut être utile de motiver votre refus (incompatibilité avec votre vie personnelle, perte d’avantages, déclassement professionnel, etc.).

Quelle est la durée maximale d’une mise à disposition ?

Le Code du travail ne fixe pas de durée maximale chiffrée pour la mise à disposition de salarié, mais le caractère temporaire est une condition de validité de l’opération. En pratique, une mise à disposition qui se prolongerait au-delà de plusieurs années sans terme prévu s’apparenterait à un changement d’employeur déguisé et exposerait à un risque de requalification. La convention tripartite de mise à disposition doit prévoir une durée précise ou un terme conditionné à la réalisation d’un projet identifié.

Que se passe-t-il à la fin de la mise à disposition ?

À la fin de la mise à disposition, vous regagnez votre employeur d’origine ou vous êtes affecté à une nouvelle mission temporaire. Si votre poste initial n’est plus disponible, votre employeur doit vous proposer un emploi équivalent. À défaut, la rupture du contrat devient inévitable, mais votre employeur ne dispose pas d’un motif autonome de licenciement, ce qui place le salarié en position de négocier un départ favorable. Cette rupture prend généralement la forme d’une rupture conventionnelle individuelle ou d’une transaction. En cas de licenciement contestable, le calcul des indemnités prud’homales pourrait s’inscrire dans le cadre du barème Macron applicable.

Que veut dire le délit de prêt de main d’œuvre ?

Le délit de prêt de main d’œuvre désigne l’opération par laquelle une entreprise met du personnel à disposition d’une autre entreprise à but lucratif, hors du cadre légal réservé aux entreprises de travail temporaire et aux agences de placement. Lorsque la refacturation excède les coûts strictement supportés par l’employeur prêteur (salaires, charges, frais professionnels), l’opération peut être qualifiée de prêt de main d’œuvre illicite ou de délit de marchandage, infractions assorties de sanctions pénales significatives.

Comment prouver un prêt de main d’œuvre dissimulée ?

La preuve d’un prêt de main d’œuvre dissimulé repose sur un faisceau d’indices concordants : refacturation de l’employeur d’origine vers l’entreprise utilisatrice excédant les coûts réels, absence de convention tripartite formelle, immixtion de l’entreprise utilisatrice dans la gestion sociale du salarié, durée prolongée de la mise à disposition sans terme précis, exercice d’un pouvoir disciplinaire par l’utilisateur. Ces éléments, rapprochés, peuvent justifier une action en requalification ou une dénonciation pénale.

Quelle est la différence entre sous-traitance et prêt de main d’œuvre ?

La sous-traitance est un contrat commercial dans lequel une entreprise confie à une autre la réalisation d’une prestation autonome, avec ses propres moyens et son propre encadrement. Le prêt de main d’œuvre est la mise à disposition de personnel d’une entreprise auprès d’une autre, sans transfert de prestation autonome. La distinction est essentielle car le prêt de main d’œuvre obéit à des règles strictes (articles L. 8241-1 et L. 8241-2 du Code du travail). Une sous-traitance qui consiste, en réalité, à mettre du personnel à disposition de l’entreprise cliente sous sa direction peut être requalifiée en prêt de main d’œuvre illicite.

Qui paie le crédit d’heures d’un salarié mis à disposition ?

Le contenu du PDF source ne détaille pas spécifiquement la prise en charge du crédit d’heures des représentants du personnel pendant la mise à disposition. En règle générale, l’exercice des mandats de représentation du personnel reste rattaché à l’employeur d’origine, qui en supporte la charge. Pour une réponse précise sur votre situation, une analyse au cas par cas avec un avocat est recommandée.

Qui évalue un salarié mis à disposition lors de l’entretien annuel ?

Le contenu du PDF source ne traite pas spécifiquement la question de l’entretien annuel d’évaluation du salarié mis à disposition. En pratique, l’évaluation est souvent menée conjointement par l’entreprise utilisatrice (qui dispose de la direction opérationnelle et observe les performances quotidiennes) et l’employeur d’origine (qui reste responsable de la gestion du contrat de travail). Cette articulation devrait être prévue dans la convention tripartite de mise à disposition.

La convention tripartite est-elle obligatoire pour un transfert intra-groupe ?

Oui, lorsque le transfert s’opère sans rupture du contrat de travail. La Cour de cassation exige expressément la signature d’une convention tripartite et refuse que le transfert puisse résulter de documents ou d’actes bilatéraux distincts. Si votre employeur vous propose un transfert intra-groupe sans convention tripartite formelle, c’est un signal d’alerte sérieux : le formalisme requis par la jurisprudence n’est pas respecté.

La rupture conventionnelle s’applique-t-elle à la convention tripartite ?

Non. Les règles de la rupture conventionnelle individuelle (article L. 1237-11 du Code du travail) ne s’appliquent pas à la convention tripartite. La convention tripartite organise non pas la rupture, mais la poursuite du contrat de travail avec un nouvel employeur. Les délais de rétractation, l’homologation par la DREETS et l’indemnité spécifique de la rupture conventionnelle sont donc inapplicables.

Que se passe-t-il pour mon ancienneté en cas de transfert intra-groupe ?

Votre ancienneté n’est pas reprise automatiquement en cas de mutation intra-groupe, sauf accord exprès dans ce sens. Cette règle s’applique même lorsque les deux sociétés appartiennent au même groupe. Exigez systématiquement une mention écrite de reprise intégrale de votre ancienneté dans l’acte de transfert, faute de quoi vos années chez l’employeur d’origine seront effacées pour le calcul des droits futurs (préavis, indemnités, avantages conventionnels).

Quels sont mes droits en cas de licenciement par la filiale étrangère ?

Si vous avez été engagé par une société mère française et mis à disposition d’une filiale étrangère, l’article L. 1231-5 du Code du travail oblige la société mère à assurer votre rapatriement et à vous procurer un emploi compatible avec vos précédentes fonctions. La jurisprudence pose des exigences strictes : l’offre de réintégration doit être sérieuse, précise et compatible avec l’importance de vos fonctions précédentes, et à défaut, la société mère reste tenue au paiement de votre rémunération jusqu’à la rupture.

Vous êtes confronté à une proposition de mobilité intra-groupe ?

Une mobilité intra-groupe est rarement neutre. Mise à disposition temporaire, convention tripartite, rupture suivie d’un nouveau contrat, chacun de ces schémas emporte des conséquences directes sur votre ancienneté, votre rémunération, votre régime social et votre stabilité professionnelle.

Auron Avocat vous accompagne pour analyser la nature exacte du schéma proposé, vérifier la conformité des actes au cadre légal, identifier les clauses problématiques, négocier vos contreparties (revalorisation salariale, prime de mobilité, reprise d’ancienneté, garanties de retour), et sécuriser la rédaction des engagements pris à votre profit.

Les décisions prises au moment d’un transfert engagent souvent plusieurs années de votre carrière. Une analyse en amont, dès la première proposition, permet d’éviter des erreurs coûteuses et de transformer la mobilité en levier d’amélioration de votre situation.

Contactez Auron Avocat pour une consultation personnalisée.

Auteur de l'article
Arnaud Sirven
Fondateur d'Auron Avocat

Publications associés